Comment t’es venu l’amour de la photo ? On m’a mis un appareil en mains quand j’avais 6 ou 7 ans, on m’a dit : « Tu regardes ici et tu appuies là ». Cela fait maintenant plus de 30 ans que je regarde ici et que j’appuie là. J’ai remporté plusieurs prix lors d’un concours photo quand j’avais 12 ans, c’était sur le thème des rhododendrons. Je suis un photographe qui travaille à l’instinct, je n’ai pas étudié la technique ni les spécificités de mon appareil, je n’utilise pas un appareil professionnel. Je suis un amateur dans le plus noble sens du terme. Je photographie par passion, par envie, je m’octroie une totale liberté. Je vois des choses que les autres ne voient pas. C’est ce que j’ai envie de montrer sur mes photos. Une photo c’est un moment au présent qu’on consulte dans le futur pour se remémorer le passé. Je capture un moment, un lieu, un regard qui risque de ne plus exister dans le futur. Je ne me considère même pas comme un bon photographe. Je ne me sens pas légitime, je n’ai pas le matériel et je n’ai pas envie des contraintes du photographe professionnel. Ce que j’aime dans la photo, c’est vraiment la liberté. Aujourd’hui tout qui a un téléphone portable se dit photographe … pourtant mon approche est différente. Est-ce que tu peux attendre qu’un animal se montre ? Non je suis quelqu’un de très impatient, j’aime avoir tout, tout de suite. J’aimerais avoir la patience et le matériel pour être un photographe de la nature, mais je fais essentiellement du portrait. Le matin je peux faire des photos lingerie et l’après-midi aller dans un cimetière avec un modèle au look gothique, je change complètement d’univers. Comment se passent les rencontres avec tes modèles ? On discute beaucoup du shooting avant de se rencontrer. Certaines femmes très timides au début se lâchent parfois complètement en shooting. Si la préparation comporte beaucoup de dialogue c’est pour être certain de la complicité qu’on peut créer qui est nécessaire pour obtenir de bonnes photos et aussi parce qu’un shooting c’est comme une séance de thérapie. La beauté est dans l’oeil de celui qui regarde… Oui, certaines femmes n’ont plus ou pas l’habitude d’être regardées attentivement et si je ne sollicite pas des poupées barbies, je cherche de la sincérité. Je commence toujours le shooting par des portraits habillés et c’est au fur et à mesure de la confidence que les vêtements glissent au sol pour arriver à un shooting en lingerie ou nu, voire vers des photos érotiques. J’ai souvent constaté que ce sont les modèles les plus pudiques au départ qui se confient le plus. Pour ma part, je n’aime pas les artifices, je demande toujours à mes modèles le moins de maquillage possible, je veux montrer la beauté du naturel, que le modèle ne porte pas de masque, je veux rencontrer une vraie personne, pas un mirage. Je tente de déceler la beauté que la femme ne voit pas chez elle, tellement elle est habituée à porter son regard vers ses complexes. Après avoir reçu les photos, elle se voit autrement. Aujourd’hui, les temps sont aux écrans et les gens ne prennent plus le temps de se regarder vraiment. Quand un modèle pose en lingerie ou nue, elle pense à plaire au photographe avant de se plaire à elle-même. C’est un jeu de séduction, elle cherche à séduire l’objectif. Comme les acteurs cherchent à apprivoiser la caméra. C’est humain de vouloir plaire et chaque humain est un minimum narcissique. Par la suite la plupart sont fiers de montrer les belles photos que j’ai fait d’eux. Certains modèles sont d’emblée dans le jeu de séduction et ce jusqu’à la fin de la séance. D’autres modèles s’habituent et commencent à s’amuser avec l’objectif petit à petit. Comme on a beaucoup discuté en amont, on a aussi pris le temps de choisir ensemble le décor, soit chez le modèle, soit dans une chambre d’hôtel, soit dans un parc, soit sur leur lieu de travail ou dans certains lieux pour de l’urbex. As-tu déjà eu des demandes un peu folles de la part de tes modèles ? Pas vraiment, certaines ont des idées très précises de ce qu’elles veulent parce qu’elles ont étudié attentivement mes photos partagées sur les réseaux ou parce qu’elles ont déjà préparé le shooting de leur côté en me proposant des exemples de poses ou d’accessoires. Pourquoi as-tu fixé un âge minimum pour tes modèles ? Je considère qu’il faut un minimum de maturité pour faire des photos de lingerie ou nue ou des photos érotiques. Je ne veux pas que le modèle regrette ou se sente mal à l’aise à l’instant T. La limite d’âge est là avant tout pour préserver le modèle. Pourquoi photographies-tu plus de femmes que d’hommes ? Tout passe par les réseaux sociaux et les modèles masculins sont beaucoup moins mis en valeur. Depuis longtemps, les femmes dévêtues font vendre tout et n’importe toi, elles ont ces injonctions à montrer leur coeur bien plus souvent que les hommes. Malheureusement il s’agit d’être méfiant car il y a aussi beaucoup de pervers qui considèrent qu’une femme qui pose en lingerie est vulnérable … ce qui n’est pas nécessairement le cas. C’est aussi pour cela que je prends le temps de bien préparer le shooting avec le modèle en dialoguant, j’ai besoin qu’elle se sente en sécurité et puisse me faire un minimum confiance pour faire de bonnes photos. Pourquoi n’y a-t-il pas d’échange d’argent entre toi et le modèle ? L’échange d’argent crée un rapport différent, qui ressemble à un rapport de force et je ne veux pas de cela, je souhaite une collaboration, une complicité. Cela doit rester de l’art et surtout une rencontre, la rencontre de deux libertés, la mienne et celle du modèle. C’est en fait une cocréation, elle se met en scène, je trouve le bon angle, la bonne lumière, la pose adéquate. En plus de cela,


